Sexe groupal chez les escargots de mer |
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Les escargots — marins et terrestres — sont des hermaphrodites arborant les deux sexes en même temps (à la différence d'autres animaux qui, tout en étant hermaphrodites, possèdent certes les deux sexes mais à des périodes différentes de leur développement). Cette circonstance leur permet de s'ébattre en permanence avec leur partenaire dans le double rôle de pénétrant/pénétré, d'où, suppute-t-on, une sexualité doublement réconfortante. C'est là le cas général. Cependant, le dessin des appareils sexuels des bigorneaux du genre Tethys a été atteint, par les hasards de l'évolution, d'une impossibilité mécanique pour cet accouplement double. La solution trouvée est celle de la sexualité groupale et subaquatique. De fait, en raison de l'incapacité d'échange séminal dont ils sont affectés, ces escargots ont coutume de se rassembler à la saison de la reproduction en formant des chaînes ouvertes de pénétrant/pénétré, allant jusqu'à une douzaine d'individus. Ce comportement, que n'importe lequel de nos esprits bien-pensants considérerait comme antinaturel, aberrant et contraire à toute règle de philosophie naturelle, ne paraît subir aucun type de censure dans le royaume de ce cher Poséidon. Lorsque leur singulière performance amoureuse se déroule dans les eaux du littoral, et dans la mesure où la taille que peuvent atteindre ces bigorneaux est d'un mètre de long, les enfants sans défense et les adolescents boutonneux, les femmes gravides et accouchées et les vierges de toute origine et condition (y compris celles qui, de par leur offrande mystique, ont dépassé l'âge de quelque scandale que ce soit), tous doivent être évacués de la zone et les autorités, défendant toujours les malheureux et les pauvres d'esprit, clôturent les lieux pour éviter le scandale public. Dans certaines communautés conservatrices, qui amalgament dans leur idéologie réactionnaire — toujours difficile à fonder sur la nature — un mépris pathétique de la diversité des formes et des façons (laquelle s'ajoute à un manque de respect à l'égard de la biodiversité, une autre chose pour laquelle leur comportement est boiteux), des épîtres, édits et proclamations divers ont été rendus publics pour récompenser économiquement et moralement l'extermination de certaines espèces animales, dont celles-là (1). Le cas de Tethys, ainsi que d'autres exemples que nous offre la nature, tels que l'homosexualité documentée des mouches du fruit (genre Drosophila), la polyandrie des abeilles ou l'hermaphrodisme protérandrique des crevettes boréales (genre Pandalus), devraient nous alerter sur l'éducation sexuelle stérile et castratrice que l'on professe dans nos écoles, en chaire et en classe, autour des tables familiales et dans les plus fameuses assemblées des académies scientifiques et des groupes d'opinion.
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